Facebook a commencé par être un réseau social pour les jeunes, puis son audience s’est étendue. Les plus de 25 ans sont eux aussi venus en masse attirés par le service que leur offrait le site et mis en confiance par le fait qu’ils pouvaient gérer le niveau de confidentialité des données qu’ils mettaient en ligne.
D’ailleurs, dans un premier temps, Facebook a sophistiqué la gestion de la confidentialité des données publiées sur le site et en a fait un argument pour vanter son site, mettant en avant la finesse des réglages possibles !!
Puis, perfidement, son pdg a envoyé une lettre à l’ensemble des usagers du site, leur expliquant que les anciennes règles de gestion de leur vie privée n’étaient plus aussi efficaces et que le nouveau système leur donnerait encore plus de contrôle et qu’il serait plus simple et plus précis.
Mais lorsque le système est sorti, une semaine plus tard, les utilisateurs ont découvert qu’ils avaient été bernés.
Le nouveau sytème leur donne moins de contrôle :
- Par défaut, tout ou presque devenait public. Ceux qui ont accepté sans vigilance les changements ont rendu public pratiquement toutes les informations qu’ils avaient confiées aux sites.
- Certaines informations ne peuvent plus être privées : photos du profil, pages fan et téseaux auxquels on appartient, commentaires sur les profils d’amis, …
- Il est compliqué de rendre ses listes d’amis privées.
- A chaque fois que l’on veut publier une information, il faut faire attention de préciser qu’elle ne doit pas être publique si on ne veut pas qu’elle le soit !
Les gens appréhendent la perte de confidentialité associée à tout nouveau système de communication, mais si les bénéfices reçus sont suffisants, ils acceptent de se laisser déposséder.
Le téléphone faisait peur au début parce que les conversations pouvaient être écoutées. De même utiliser gmail a fait peur parce que google lisait les mails pour se financer en affichant de la publicité contextuelle ciblée.
Il en sera peut-être de même pour facebook.
A moins que cette volte-face récente n’ait été un aveu d’impuissance comme le dit Alexis Mons dans La vie privée n’est pas ce qu’on croit . Facebook a connu une expansion extraordinaire en offrant ce qu’attendait la majorité des gens pour se lancer sur les réseaux sociaux : la possibilité de publier des informations personnelles à destination des seules personnes autorisées à les voir. Les utilisateurs en ont largement usé.
Et, selon le point de vue de Facebook, ils en ont même abusé, limitant le nombre de pages accessibles et indexables par les moteurs de recherche et la possibilité de générer des revenus.
C’est pour ça que Zuckerberg a sifflé la fin de la partie au risque de déplaire. Certes, la vie privée au sens de papa, c’est fini. Mais nous aimons aussi jouer avec des sphères séparées, c’est la base même du pouvoir en société. Todo : relire la sociologie des réseaux sociaux.
Enfin Danah Boyd resitue le problème dans un contexte moral.
Ce n’est pas tout le monde qui a la possibilité d’être qui il veut en public et de demander aux autres de faire avec.
Les mêmes patrons de la Silicon Valley tycoons qui veulent pousser tout le monde dans le public, ne veulent pas que lesurs enfants sachent que leurs professeurs sont des êtres sexusés, même si leur sexualité est aussi aseptisée que possible…
… Les privilégiés n’ont pas à se soucier de voir des gens qui ont du pouvoir sur eux les observer en ligne. C’est là la définition même du privilège. Mais presque tous les autres doivent le faire. Et forcer les gens à se retrouver dans l’oeil public ne démantèle pas la structure des privilèges, la structure du pouvoir. Ce qui me met en rage, c’est que ça les renforce. Les privilégiés sont encore plus privilégiés, gagnant de s’exposer. Et ceux qui se battent pour que leurs vies ne se délitent pas sont obligés de créer des murs autour d’eux qui sont sans cesse démolis. Le professeur, la femme abusée, le pauvre même vivant dans le ghetto et essayant d’en sortir (elle a expliqué dans des publications précédentes comment la façon dont les enfants du ghetto doivent communiquer pour ne pas se faire ostraciser dans leur milieu, peut être mal perçu lorsqu’ils postulent en fac). Comment les prenons-nous en considération lorsque nous construisons des systèmes qui exposent les gens ?
Celà me tue quand la recherche du profit justifie l’oppression sociales. Est-ce que c’est vraiment l’objectif de l’industrie des média sociaux ?
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