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Traduction d’un article de Danah Boyd : Sociality is learning, la socialité est un apprentissage

Présentation de Danah Boyd : My name is danah boyd and I am a Social Media Researcher at Microsoft Research New England and a Fellow at Harvard University’s Berkman Center for Internet and Society.

Son article traite du rôle crucial des réseaux sociaux dans l’apprentissage des compétences sociales par les  jeunes.

En tant qu’ adultes, nous considérons les compétences sociales comme données… jusqu’à ce que nous rencontrions quelqu’un qui en manque. Aider les enfants à développer des compétences sociales est vu comme un projet éducatif raisonnable en élémentaire, mais dans le secondaire, les éducateurs passent à des sujets plus sérieux. Cependant, les jeunes n’ont pas fini d’apprendre sur le monde social. Inversement, ils sont plus amenés à comprendre les gens et la socialisation pendant la préadolescence et l’adolescence que lorsqu’ils étaient petits enfants. Peut-être est-ce leur passion à apprendre la socialisation qui dévalue ceci comme apprentissage dans le regard des adultes. Parce que si les jeunes aiment le sujet, il ne doit pas être éducatif. Malheureusement, je crains que nous ne rendions pas service aux jeunes en ne reconnaissant pas l’apprentissage social qui se produit durant cette période. Pire, et si nos efforts pour réduire les interactions sociales à cause d’une préférence pour le « vrai » savoir avaient un coût professionnel.

Bien peu d’entre nous travaillent dans des professions où nous sommes forcés de nous focaliser sur une tâche solitaire toute la journée, chaque jour. Même les universitaires, un groupe d’ermites notoires, doivent interagir avec les étudiants, leurs collègues et peut-être les donateurs à certains moments. La plupart d’entre nous nous appuyons constamment sur nos compétences sociales que nous aiguisons, développant de nouvelles techniques pour communiquer notre message, naviguer dans la politique d’entreprise, gérer les attentes de quelqu’un et maintenir la paix. Ceux qui sont dans le secteur des services sont confronté à celà de façon aigüe, ayant à gérer des consommateurs irrités et à s’occuper de plusieurs personnes en même temps. Les compétences sociales sont le pain et le beurre de notre vie professionnelle. Alors comment les apprenons nous ?

Il est facile de désigner le collège comme point de départ du drame de la jeunesse. La montée des hiérarchies de statuts combinée avec la sexualité bourgeonnante met sans dessus dessous toutes sortes de relations. Le harcèlement, les catégories sociales et la popularité sont pleinement là. Mais la clé pour « survivre » au collège est d’apprendre à naviguer dans ces eaux troubles en gardant l’estime de soi intacte. Ce n’est pas que la jalousie et les autres drames sociaux disparaissent après le collège ; c’est qu’ils deviennent plus nuancés à mesure que les gens amélioent leurs compétences. Mais pour que les gens améliorent leurs compétences, ils doivent apprendre à gérer les situations sociales imprévisibles et inconfortables. Ces compétences ne sont pas apprises en théorie ; elles sont apprises par la pratique.

Pendant les trois dernières décades, la vie des jeunes s’est structurée de façon croissante. Beaucoup de jeunes passent de peu à aucun temps dans des environnements non structurés socialement, autrement dit à « traîner ». La pratique de l’activité traîner est constamment diabolisée par les personnes à l’esprit éducatif en tant que perte de temps. Cependant, c’est dans cet espace que les jeunes apprennent à naviguer dans des situations sociales, à maîtriser la gestion de l’impression et à développer les capacités sociales nécessaires pour être des adultes protecteurs.

Les média sociaux ont créé une rupture intéressante dans ce paysage. Les jeunes se tournent vers eux pour retrouver des rencontres sociales non structurées, pour créer un espace public qui les autorisent à tout simplement traîner avec leurs amis, pairs et cohorte. Le flirt, les potins et les plaisanteries qui y prennent place ne sont pas la preuve que les médias sociaux sont inutiles, mais la preuve qu’ils ont une immense valeur. Sans d’autres espaces pour se rassembler, la jeunesse a développé les siens. Ils veulent être sociaux, mais nous avons aussi besoin qu’ils développent des capacités sociales. Ce qui est fascinant, c’est qu’ils sont en train d’apprendre à le faire dans un paysage médiatique, développant des normes qui persisteront à l’âge adulte. Ce n’est pas comme si toutes les  rencontres sociales entre adultes se passaient en face à face ; apprendre à interpréter un post facebook est une compétence précieuse à posséder lorsqu’on entre dans une entrepise organisée autour du mail.

Plutôt que diaboliser les média sociaux ou nier leur valeur éducative, je crois que nous devons nous engager dans  l’environnement que les jeunes utilisent pour se réunir et les aider à naviguer dans les eaux troubles de la sociabilité. Nous ne pouvons pas arranger leurs mondes sociaux, mais nous pouvons fournir les échafaudages dont ils ont besoin pour apprendre à se débrouiller des situations sociales délicates. Nous pouvons servir d’auditeurs, guides et cheerleaders. Nous pouvons être là quand ils sont en train d’essayer de décider de la meilleure façon de gérer une situation et jouer l’avocat du diable lorsqu’ils ont besoin d’évoluer à travers des dynamiques complexes. Mais pour être là pour les jeunes, nous devons les traiter avec respect et valoriser ce qu’ils sont en train d’apprendre. Nous devons reconnaître l’importance d’apprendre sur la sociabilité. Et nous devons être capables d’écouter en confidents, pas en juges.

Nous pouvons continuer à diaboliser les espaces sociaux, interdire l’activité « traîner » et excessivement réguler nos enfants. Mais je crois que nous leur rendons alors l’inverse d’un service. Etre un adulte qui réussit en société demande des compétences sociales. Et nous avons un besoin crucial de donner aux jeunes l’espace pour les apprendre. Ils sont motivés pour apprendre ; pourquoi ne les soutenons nous pas  ?

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